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Atelier 06

Thématique(s)

Le bruit, la santé et le vivant

Horaire

Mardi 24 novembre 2026 / 09h00-10h20

Salle

Non attribuée

Recherche sur les impacts du bruit des éoliennes

Description :


Atelier animé par :

Intervenants :

Sabine MEUNIER

Directrice de Recherche CNRS
Résumé : Perception des infrasons et des bruits très basses fréquence : étude physiologique et psychoacoustique

Les sources de bruits infrasonores (IS) et très basses fréquences (TBF) sont en expansion aujourd’hui (bruits de transport souvent transmis par voie solidienne dans les habitations, pompes à chaleur, bruits industriels comme les éoliennes). Les niveaux (en dB A) de ces bruits ne sont pas très élevés, mais la gêne peut être importante et les outils actuels de sa quantification ne permettent pas de prendre en compte les infrasons (IS, fréquence < 20Hz) et les sons très basses fréquences (TBF, 20 < fréquence < ~200 Hz). Contrairement à l’idée reçue, les infrasons sont audibles, pour peu qu’ils soient assez forts. De plus, des études ont montré que les infrasons pouvaient stimuler le système cochléo-vestibulaire sans pour autant être audibles.

Nous travaillons sur deux problématiques liées à ces très basses fréquences et infrasons : le bruit des éoliennes et l’hypersensibilité dans la perception de ces fréquences. Ces deux questions se rejoignent dans la mesure où, pour avancer sur ces problématiques, il est indispensable de comprendre les mécanismes de perception mis en jeu à ces fréquences.

Dans le cadre du projet RIBEolH, une étude couplant des mesures psychoacoustiques et physiologiques est en cours. Nous menons actuellement des expériences sur la sonie (intensité perçue, percept qui nous permet de dire qu’un son est fort ou faible) de TBF et IS afin de déterminer son intégration temporelle et son intégration spectrale ainsi que les fonctions de sonie (variation de la sonie avec le niveau de pression acoustique).
Les participants aux expériences psychoacoustiques sont également soumis à des mesures physiologiques (otoémissions, électrocochléographie et vidéo-nystagmographie) avant et après exposition à des TBF et IS afin d’étudier l’impact de ces fréquences (audibles ou non) sur le système cochléo-vestibulaire.

Dans le cadre du projet PISTE, nous travaillons sur l’hypersensibilité à ces IS et/ou TBF. En effet, certaines personnes se plaignent de perception de sons très graves, très gênants dont ils n’arrivent pas à identifier l’origine. Alors que ces personnes sont en très grande souffrance, leur entourage ne perçoit rien. L’objectif de nos travaux est d’objectiver la perception de ces sons par ces personnes hypersensibles. Dans un premier temps, des mesures acoustiques ont été faites au domicile de ces personnes pour caractériser physiquement les sons perçus. Dans un deuxième temps, ces personnes ont passé des tests perceptifs et physiologiques en laboratoire afin de mettre en évidence les mécanismes auditifs possiblement responsables de leur hypersensibilité.

Cette présentation sera l’occasion de faire un état de l’art des connaissances sur la perception et la réponse physiologique aux TBF et IS et de présenter les premiers résultats de nos études. Dans le cadre du projet RIBEolH, nous nous intéressons plus spécifiquement à l’impact du bruit éolien, autant d’un point de vue perceptif que physiologique, mais nous présenterons ici des données plus générales concernant les TBF et IS.

S. Meunier1, O. El Sawaf1, J. Verstraete1, 3, R. Bellagarde1, P. Avan2, J. Chatron1, T. Colas8, B. Cotté4, D. Écotière5, M. Elzière11, AS Evrard6, B. Gauvreau7, F. Giraudet3, A Kourieh6, C. Marquis-Favre8, M. Montero11, A. Norena10, M. Pachebat1, C. Philipps-Bertin9, Rabau1

1 Aix Marseille Univ, CNRS, Centrale Med, LMA, Marseille, France
2 Centre de recherche et innovation en audiologie humaine, Institut de l'Audition, Paris, France
3 UMR 1107 INSERM, NeuroDol, Neurosensory Biophysics Team, University Clermont Auvergne
4 IMSIA, ENSTA, CNRS, EDF, Institut Polytechnique Paris, Palaiseau, France
5 CEREMA, Univ Eiffel, UMRAE, Strasbourg, France
6 Univ Lyon, Univ Eiffel, Univ Lyon 1, UMRESTTE, UMR_T9405, Bron, France
7 Univ Eiffel, CEREMA, UMRAE, Bouguenais, France
8 ENTPE, Ecole Centrale de Lyon, CNRS, LTDS UMR 5513, Vaulx-en-Velin, France
9 Univ Eiffel, AME-Modis, Bron, France
10 Centre de Recherche en Psychologie et Neurosciences, CNRS, France
11 Hôpital Européen, Marseille, France

Anne-Sophie EVRARD

Chargée de recherche en épidémiologie environnementale UNIVERSITÉ GUSTAVE EIFFEL
Résumé : Recherche sur les impacts du bruit des éoliennes sur l'Humain, son, perception, santé (RIBEolH) : premiers résultats de l’étude épidémiologique
L'énergie éolienne est en pleine expansion en France comme ailleurs dans le monde, mais la population s'inquiète des impacts sanitaires du bruit des éoliennes et certaines personnes expriment une gêne plus importante que ne le laissent supposer les mesures du champ acoustique. La gêne est souvent décrite comme résultant des infrasons (IF) alors que les niveaux de pression acoustique des IF émis par les éoliennes sont inférieurs aux seuils d’audition connus. Cependant, l'inaudibilité possible des IF n'exclut pas leur action sur l'oreille interne ou le système nerveux central. Peu d’études épidémiologiques ont recherché les effets sur la santé autres que la gêne due au bruit audible des éoliennes et toutes, sauf une, présentent des lacunes méthodologiques qui rendent leurs résultats discutables. Aucune de ces études ne s’est intéressée spécifiquement aux effets sur la santé des IF ou des sons de basse fréquence (SBF) émis par les éoliennes.
Les objectifs de l’étude épidémiologique du projet RIBEolH sont d’évaluer les effets sur la santé (au sens de l’OMS), incluant la gêne due au bruit audible ou non (SBF et IF), émis par les éoliennes. Il s’agira aussi de mieux comprendre la gêne exprimée et s’il existe des liens entre celle-ci et des variables telles que les préoccupations vis-à-vis de l’environnement ou des comportements pro-environnementaux. L’hypothèse de recherche sous-jacente est que non seulement le bruit audible, en particulier les SBF, mais aussi les IF, émis par les éoliennes en fonctionnement normal seraient à l’origine d’effets sanitaires chez les riverains des parcs éoliens (effets sur le système cochléo-vestibulaire, perturbations du sommeil, stress, pathologies cardiovasculaires, troubles psychologiques et gêne).
Cette étude épidémiologique est en cours auprès d’environ 800 riverains de parcs éoliens sélectionnés dans les régions Hauts de de France, Bretagne et Normandie. D’après l’étude de faisabilité Cibélius réalisée entre 2017 et 2019, près de 63% des personnes exposées à des niveaux du bruit éolien supérieurs à 30 dB(A) en France se situent dans ces trois régions. C’est dans ces trois régions également que se trouvent les niveaux d’exposition les plus élevés. Un questionnaire administré en face-à-face a permis de recueillir des informations sur les caractéristiques démographiques et socio-économiques des participants, les caractéristiques de leur logement, leur perception de l’environnement et des sources sonores extérieures, leur mode de vie, leur état de santé (perturbations du sommeil, hypertension, troubles psychologiques, stress et gêne ressentie notamment) et leur sensibilité au bruit en général. Par ailleurs, des mesures objectives de certains états de santé ont également été réalisées (pression artérielle, fréquence cardiaque, et état de stress grâce à la concentration de cortisol dans la salive). L’exposition au bruit audible, en particulier aux SBF, mais aussi aux IF, émis par les éoliennes de l’ensemble des 800 participants a été estimée grâce à des simulations numériques basées sur des modèles d’ingénierie de prévision du bruit qui ont permis de quantifier l’exposition en façade des bâtiments.
Le recueil des données devrait être terminé au printemps 2026. Les résultats des premières analyses descriptives seront présentés lors des assises.

David ÉCOTIÈRE

Chercheur en acoustique au CEREMA au sein de l'UMRAE
Résumé : Exposition de la population de France métropolitaine au bruit de parcs éoliens - mise à jour 2026

Les lignes directrices de l'OMS sur le bruit dans l'environnement indiquent que les données concernant les effets du bruit des éoliennes sur la santé sont soit inexistantes, soit de mauvaise qualité. Dans ce contexte, le projet RIBEolH vise à étudier les impacts du bruit des éoliennes sur l'être humain en menant une étude épidémiologique, une étude psychoacoustique et une étude physiologique. Afin d'évaluer le problème de santé publique que l'étude épidémiologique pourrait mettre en évidence, une évaluation de l'exposition de la population française au bruit des éoliennes a été réalisée. Ce travail constitue une mise à jour d'une première évaluation réalisée en 2019, mais dont la méthodologie a été améliorée ici à plusieurs égards. Outre la mise à jour de la base de données sur les éoliennes en tant que sources sonores, la méthodologie prend désormais en compte les statistiques des conditions météorologiques (vent, température, hygrométrie…) afin d'obtenir une évaluation plus réaliste. L'exposition au bruit a été calculée à l'aide du modèle de propagation du bruit Harmonoise. La communication fournit des informations sur les statistiques des niveaux de bruit, le nombre de Français exposés au bruit des éoliennes et certaines statistiques géographiques sur l'exposition à l'échelle du territoire français métropolitain. Une comparaison avec les résultats de 2019 est présentée, ainsi qu'avec l'exposition au bruit provenant d'autres sources courantes de bruit ambiant (par exemple, les transports)