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Atelier 06

Thématique(s)

Le bruit, la santé et le vivant

Horaire

Lundi 23 novembre 2026 / 09h00-10h20

Salle

Non attribuée

Recherche sur les impacts du bruit des éoliennes

Description :


Atelier animé par :

Intervenants :

Sabine MEUNIER

Directrice de Recherche CNRS
Résumé : Bruits très basses fréquences, infrasons, bruits éoliens : étude physiologique et psychoacoustique
Le projet RIBEolH (Recherche des Impact du Bruit Eolien sur l’Humain) réunit plusieurs laboratoires dans l’objectif d’évaluer les effets sur la santé du bruit « audible » (très basses fréquences ou TBF, 20 < fréquence < ~200 Hz) et des infrasons (IF, fréquence < 20 Hz) émis par les éoliennes. Le développement des énergies renouvelables appelle aujourd’hui à une forte augmentation de l’utilisation de l’énergie éolienne, conduisant ainsi les populations à être de plus en plus exposées au bruit issu de sa production. Dans ce contexte, afin d’étudier l’impact de ce bruit, et plus généralement des sons TBF et des IF, sur l’audition humaine, des tests perceptifs et physiologiques sont réalisés au LMA où a été développée une cabine de restitution spécifiquement prévue pour pouvoir diffuser ces gammes de fréquence.
Il est très souvent admis que l’oreille humaine ne peut percevoir des fréquences qu’entre 20 et 20 000 Hz. Cependant, elle est tout à fait capable de percevoir des fréquences inférieures à 20 Hz (IF) mais les seuils auditifs associés à ces fréquences sont si élevés qu’il est difficile de les mesurer dans les conditions bien contrôlées du laboratoire. S’il est difficile de trouver des exemples de sources infrasonores à des niveaux audibles dans la nature, l’activité humaine peut produire ces fréquences à des niveaux qui ne sont plus négligeables et ne permettent plus d’ignorer leur présence dans notre environnement sonore quotidien. De plus, des études ont montré que les infrasons pouvaient stimuler le système cochléo-vestibulaire sans pour autant être audibles. Lorsqu’ils sont audibles, les infrasons sont à l’origine de percepts auditifs qui diffèrent de ceux auxquels nous sommes habitués dans des gammes de fréquences plus classiques.
Dans le cadre du projet RIBEolH, une étude couplant des mesures psychoacoustiques et physiologiques est en cours. On sait que la sonie (intensité perçue, percept qui nous permet de dire qu’un son est fort ou faible) varie avec la durée et le contenu spectral du son, et que pour les zones TBF et IF ces durées d’intégration sont plus grandes qu’à plus haute fréquence, mais les phénomènes n’ont pas encore été complétement quantifiés. De même, les fonctions de sonie (variation de la sonie avec le niveau de pression acoustique) ne sont pas connues à ces fréquences, on sait qu’elles sont de plus en plus raides quand on descend en fréquence, mais le phénomène n’est pas encore quantifié. Nous menons actuellement des expériences sur la sonie de TBF et IF afin de déterminer son intégration temporelle et son intégration spectrale ainsi que les fonctions de sonie. Les participants aux expériences psychoacoustiques sont également soumis à des mesures physiologiques (otoémissions, électrocochléographie et vidéo-nystagmographie) avant et après exposition à des TBF et IF afin d’étudier l’impact de ces fréquences (audibles ou non) sur le système cochléo-vestibulaire.
Cette présentation sera l’occasion de faire un état de l’art des connaissances sur la perception et la réponse physiologique aux TBF et IF et de présenter les premiers résultats de nos expériences. Dans le cadre du projet RIBEolH, nous nous intéressons plus spécifiquement à l’impact du bruit éolien, autant d’un point de vue perceptif que physiologique, mais nous présenterons également des données plus générales concernant les TBF et IF.

Anne-Sophie EVRARD

Chargée de recherche en épidémiologie environnementale UNIVERSITÉ GUSTAVE EIFFEL
Résumé : Recherche sur les impacts du bruit des éoliennes sur l'Humain, son, perception, santé (RIBEolH) : premiers résultats de l’étude épidémiologique
L'énergie éolienne est en pleine expansion en France comme ailleurs dans le monde, mais la population s'inquiète des impacts sanitaires du bruit des éoliennes et certaines personnes expriment une gêne plus importante que ne le laissent supposer les mesures du champ acoustique. La gêne est souvent décrite comme résultant des infrasons (IF) alors que les niveaux de pression acoustique des IF émis par les éoliennes sont inférieurs aux seuils d’audition connus. Cependant, l'inaudibilité possible des IF n'exclut pas leur action sur l'oreille interne ou le système nerveux central. Peu d’études épidémiologiques ont recherché les effets sur la santé autres que la gêne due au bruit audible des éoliennes et toutes, sauf une, présentent des lacunes méthodologiques qui rendent leurs résultats discutables. Aucune de ces études ne s’est intéressée spécifiquement aux effets sur la santé des IF ou des sons de basse fréquence (SBF) émis par les éoliennes.
Les objectifs de l’étude épidémiologique du projet RIBEolH sont d’évaluer les effets sur la santé (au sens de l’OMS), incluant la gêne due au bruit audible ou non (SBF et IF), émis par les éoliennes. Il s’agira aussi de mieux comprendre la gêne exprimée et s’il existe des liens entre celle-ci et des variables telles que les préoccupations vis-à-vis de l’environnement ou des comportements pro-environnementaux. L’hypothèse de recherche sous-jacente est que non seulement le bruit audible, en particulier les SBF, mais aussi les IF, émis par les éoliennes en fonctionnement normal seraient à l’origine d’effets sanitaires chez les riverains des parcs éoliens (effets sur le système cochléo-vestibulaire, perturbations du sommeil, stress, pathologies cardiovasculaires, troubles psychologiques et gêne).
Cette étude épidémiologique est en cours auprès d’environ 800 riverains de parcs éoliens sélectionnés dans les régions Hauts de de France, Bretagne et Normandie. D’après l’étude de faisabilité Cibélius réalisée entre 2017 et 2019, près de 63% des personnes exposées à des niveaux du bruit éolien supérieurs à 30 dB(A) en France se situent dans ces trois régions. C’est dans ces trois régions également que se trouvent les niveaux d’exposition les plus élevés. Un questionnaire administré en face-à-face a permis de recueillir des informations sur les caractéristiques démographiques et socio-économiques des participants, les caractéristiques de leur logement, leur perception de l’environnement et des sources sonores extérieures, leur mode de vie, leur état de santé (perturbations du sommeil, hypertension, troubles psychologiques, stress et gêne ressentie notamment) et leur sensibilité au bruit en général. Par ailleurs, des mesures objectives de certains états de santé ont également été réalisées (pression artérielle, fréquence cardiaque, et état de stress grâce à la concentration de cortisol dans la salive). L’exposition au bruit audible, en particulier aux SBF, mais aussi aux IF, émis par les éoliennes de l’ensemble des 800 participants a été estimée grâce à des simulations numériques basées sur des modèles d’ingénierie de prévision du bruit qui ont permis de quantifier l’exposition en façade des bâtiments.
Le recueil des données devrait être terminé au printemps 2026. Les résultats des premières analyses descriptives seront présentés lors des assises.